Les Nouveaux Bordeaux, qu’est-ce que c’est ?

Une nouvelle génération de vins de bordeaux

Les nouveaux bordeaux sont bio, naturellement. Voire biodynamiques ou même "naturels", c'est à dire sans aucun additif, même pas de soufre. Mais avant tout ils sont atypiques et étonnants. Atypiques, car issu de vinifications audacieuses; étonnants par leur qualité. Bordeaux se réinvente grace aux vignerons rebelles et engagés.

1. Une réaction au "bordeaux bashing"

Le vin de bordeaux, c’est une identité forte, mondialement connue. Quand tu ouvres une bouteille de bordeaux, que ce soit un grand cru classé ou une AOC Bordeaux entrée de gamme, tu sais à quoi t’attendre : un assemblage de merlot et de cabernet élevé en fûts de chêne. Sur l’étiquette, un dessin du château sous des lettres gotiques, et la contre-étiquette te dira que ton vin accompagnera une viande rouge ou un plateau de fromage.
L
e « bordeaux bashing », c’est la tendance à vouloir casser du sucre sur le vin de Bordeaux.
Car le bordeaux est devenu trop prévisible.
Le bordeaux, c’est l’ennnui. 
Le bordeaux n’a plus la côte.
Du coup, le bordeaux se réinvente.

2. Réinventer le vin de Bordeaux ?

Le vin de Bordeaux se réinvente. Car avant tout, elle aime s’amuser, cette nouvelle génération de vignerons de Bordeaux. Au lieu de se limiter à la production de l’incontournable assemblage merlot-cabernet élevé en fûts de chêne, elle invente, tente, expérimente. Des vins « orange », « jaune », « blanc de noirs ». Des pétillants naturels, des vins de paille. Des vinifications en grappe entière, avec la rafle, comme en Bourgogne ; des macération semi-carboniques commen en Beaujolais ; des assemblages de rouge et blanc comme en Côte-Rôtie ; des vins hermitagés (avec un ajout de syrah) comme au 18e siècle. On continue à vinifier en cuve inox et en barrique bordelaise, mais on expérimente avec des demi-muids, des grands fûts tronconniques autrichiens, du bois d’acacia, de la terre cuite, du grès et même des qvevri, des jarres enterrées, comme en Géorgie, le berceau de la viticulture. 

3. S'adapter aux exigences évoluées du consommateur

Le consommateur boit moins, mais mieux. Le bordeaux ne le séduit plus. Trop « bodybuildé » (des vins concentrés et tanniques, faits pour une longue garde), trop « maquillé » par le bois (des vins médiocres qu’on essaie d’améliorer en y rajoutant des copeaux de chêne). Trop cher, trop décevant.
Le consommateur cherche à diversifier ses consommations, il veut se laisser surprendre. Ajouté à cela, sa conscience grandissante de l’impacte des pesticides de synthèse sur l’environnement et sur sa propre santé : cela explique la demande grandissante de vins bio, et Bordeaux a du retard dans ce domaine. Le consommateur contemporain boit des vins respectueux de l’environnement, avec un excellent rapport qualité-prix.

4. Comment affronter le réchauffement climatique ?

Les nouveaux vignerons de Bordeaux cherchent des réponses viticoles au réchauffement climatique.  Ils ont commencé à planter des cépages qui résistent mieux à l’augmentation des températures et à la sécheresse. Des  cépages anciens, originaire de Bordeaux mais délaissés, comme le Bouchalès, le Castets ou le Mancin des Palus. Des cépages exotiques, comme la Syrah. Quitte à faire du Vin de France, car ces cépages ne sont pas autorisés dans les appellations d’origine controlée de Bordeaux. 
La viticulture biodynamique, l’agroforesterie ou encore la permaculture sont d’autres moyens de protéger les sols de la chaleur et de la sécheresse – et de produire des vins moins lourds, plus légers, plus frais.

5. Faire du bordeaux bio, est-ce bien possible ?

Les nouveaux bordeaux sont naturellement issu de l’agriculture biologique. On entend souvent dire que dans le vignoble bordelais, faire de la viticulture biologique, c’est du suicide. Car le climat océanique ne permettrait pas de lutter contre les maladies de la vigne sans recours à la chimie. Et pourtat, Bordeaux est enfin en train de rattraper son retard: de  plus en plus de vignerons girondins banissent les pesticides de synthèse. C’est mieux pour la planète, c’est mieux pour ta santé. Et c’est parfaitement bien possible, même à Bordeaux.

6. La biodynamie, on y croit ?

La biodynamie va plus loin que le bio. La viticullture biodynamique, certifiée par Demeter, est tout d’abord une viticulture biologique, certifiée AB ou Ecocert. Mais elle va plus loin: elle part d’un travail préventif pour renforcer la vie organique dans la vigne avec des moyens divers. 

  • des engrais naturels (compost, bouse de vache)
  • des traitements avec des infusions de plantes médicinales (camomille, orties, prêle) et silice
  • La viticulture biodynamique est très exigeante. Elle demande une présence quotidienne du vigneron dans ses vignes, puisqu’il n’y a pas de rattrapage avec les armes chimiques autorisées en viticulture conventionnelle.

7. Des vins "nature", à quoi bon ?

Les Nouveaux Bordeaux, c’est des vins issus d’une vinification naturelle, sans intrants oenologiques. Donc des levures indigènes et peu ou pas de sulfite. En biodyamie, la moitié de ce qui est autorisé dans les vins conventionnels. Et souvent moins. Pas mal, non ?

8. De la "buvabilité", tu dis ?

Les nouveaux bordeaux sont faits pour être bus. Cela paraît évident, que l’on fait du vin pour qu’il soit bu ; pourtant, les grands crus classés ne sont pas faits pour être bus, ils sont faits pour la garde. 
La garde, franchement, moi je m’en fiche un peu. Si ce soir j’ai envie d’ouvrir une belle quille, je ne veux avoir à me dire que j’aurais dû penser à la mettre dans ma cave il y a vingt ans.  
Les nouveaux bordeaux cherchent la buvabilité, c’est à dire il donnent envie de boire. Ils sont ronds, fruités et frais (la fraîcheur, c’est l’opposé de la lourdeur), avec des tannins mûrs et souples, et un degré d’alcool modéré. La buvabilité, c’est l’ennemi de la modération.

9. Un élevage plus moderne

Le nouveaux vins de Bordeaux, c’est pas du jus de barrique. Historiquement, la barrique était un contenant permettant de transporter le vin.  Elle remplaçait l’amphore romaine, plus fragile, et franchement pas pratique à empiler. Accessoirement, la barrique transmet ses tannins au vin, lui permettant une plus grande garde. Pratique pour les vins qui partait en Angleterre, en Hollande ou dans les villes de la Hanse. Pour cette raison, on a continué l’élevage en fût de chêne même après l’introduction de la bouteille. La barrique s’est normalisée au point qu’à notre époque, on la croit indispensable pour faire un grand vin rouge.
Or, la nouvelle génération de vignerons de Bordeaux dit non au jus de barrique. Elle élève ses grands vins tout simplement en cuve inox ou béton. Ou plus insolite, en amphore romaine, en dolia de terre cuite,  en oeuf en grès, en kvevri (amphore géorgienne enterrée).. Ou encore en dame-jeanne. De grands vins, avec un usage très modéré du bois. Non au jus de barrique !

10. Des vins digestes, vivaces, gourmands

Les nouveaux vins de Bordeaux se démarquent par leur grande vivacité. Y a de la vie dans la bouteille ! C’est des vins fruités, avec une belle fraîcheur, et une grande richesse aromatique. Pour la majorité non collés et non filtrés, avec très peu de soufre voire pas du tout, ils ont gardé toute leur vivacité. Et ça se sent !

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